Merci à Gérard, ingénieur au CEA à la retraite, qui m’a fait ce retour de lecture très touchant sur les situations absurdes en entreprises.
Les structures administratives ne cessent de se compliquer (avec forte augmentation du pourcentage de personnel administratif), J'en cite volontiers un petit indice, très révélateur à mon avis, et que vous pourrez utiliser, si vous voulez, pour une prochaine édition de votre livre.
En 1949, je travaillais dans une casemate du fort de Châtillon. Lorsque nous avions besoin d'un accessoire ou d'un petit appareil, il suffisait de descendre au sous-sol, de bavarder un peu avec un sympathique magasinier, qui nous guidait parmi les stocks de matériel récupéré dans les surplus américains. Un an plus tard, même scénario, sauf qu'il fallait griffonner un bon de sortie.
De 1950 à 1954, je fus hébergé par le professeur Chaudron, éminent métallurgiste, dirigeant le grand laboratoire CNRS de Vitry, et nouveau membre du Comité scientifique du CEA (parce que le combustible du 2° réacteur de recherche devait être de l'uranium métallique.) Je fus très bien accueilli dans ce Centre de Recherche de Chimie Métallurgique, dont les chercheurs m'enviaient parce que j'étais du CEA, c'est-à-dire une organisation réputée plus dynamique et surtout plus riche que le CNRS. C'est pourquoi, chaque semaine je retournais au fort de Châtillon, pour y « faire mon marché », c'est-à-dire que j'y allais avec une liste des objets dont mes collègues de Vitry avaient besoin mais ne pouvaient pas trouver au CNRS. Je connaissais les ressources des magasins du fort et surtout le sympathique magasinier; pas de problème, sauf qu'il fallait un bon de sortie en double exemplaire.
En 1954, j'ai quitté le CECM pour intégrer les bâtiments tout neufs du Centre d'Etudes Nucléaires de Saclay. Après quelques mois de pagaille, les circuits furent bien organisés, ainsi que les approvisionnements. Mais il n'était plus question d'aller se servir au magasin ; il fallait demander l'inventaire du matériel
disponible, et passer une commande, en 3 exemplaires, et nous étions livrés. une semaine plus tard quand on avait de la chance. Cette procédure ne fut pas changée pendant les 6 années suivantes, sauf que le nombre d'exemplaires de la commande au magasin fut porté à 4, puis à 5 et enfin à 6 ! Même si on admet que quelques uns allaient immédiatement s'empiler dans des classeurs, pour n'y être jamais consultés, il en restait bien 2 ou 3 qui étaient transmis à d'autres services administratifs, qui passaient du temps à les enregistrer, un temps payé évidemment pour un rendement négatif....C'était n'importe quoi !
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