« Avec tout ce que j’ai fait sur le projet, je n’ai même pas eu un merci. On sait venir nous parler que lorsque ça ne va pas mais jamais lorsque nous avons réussi. Pour ce projet, je me suis surinvesti en participant à de nombreuses réunions, en produisant des rapports, en prenant des risques, en gérant un stress supplémentaire, en m’exposant à de nombreuses critiques et tout ça pourquoi ? Si ce n’est pour n’avoir aucun signe de reconnaissance et s’entendre dire que c’est normal et que ça fait partie de notre job et bien la prochaine fois je ne ferai que mon travail sans me surinvestir et on « pédalera dans la semoule » pendant six mois avant de constater que le projet s’englue au risque de le voir remis en cause et d’avoir fait perdre du temps à tout le monde »
Cette déclaration « off » à la machine à café d’un cadre dans une entreprise me paraît être révélatrice d’un phénomène que je nomme le syndrome de désengagement post sur-investissement. Les nombreux changements actuellement déployés dans les entreprises mettent certains salariés et notamment les cadres dans une situation où ils doivent faire leur travail mais également le pilotage de celui-ci et participer à des projets chronophages en production et coordination. Ces personnes constituent le groupe que je qualifie de volontaires. Par souci de bien faire et/ou d’obtention de résultat, ces personnes s’investissent au maximum de leurs capacités parfois au détriment de leur métier et vie personnelle. De ce surinvestissement, ils n’attendent pas qu’on leur déroule un tapis rouge mais simplement que des personnes qu’ils jugent importantes (notamment leur hiérarchie) leurs montrent des signes de reconnaissance pour l’effort consenti et les résultats obtenus.
Sans ces signes, l’écart entre l’effort supplémentaire consenti et l’absence de reconnaissance sera perçu comme une rupture relationnelle pouvant conduire à des comportements de passivité active (je ne fais que mon travail),de passivité absolue (on fait semblant) ou d’opposition (je critique certains projets). Paradoxe, ce sont des personnes très motivées et impliquées qui peuvent devenir des leviers de la passivité et de l’opposition parce que le management ne sait pas apprécier les efforts et remercier ceux qui les font.
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