Quand vous demandez à quelqu’un si il va bien, vous avez une très forte probabilité d’avoir une réponse du type : je suis débordé, je suis stressé, j’en ai marre de ce fonctionnement où il faut tout faire dans l’urgence sans avoir un merci.
Pourquoi très peu de gens vous disent : « je suis heureux, tout va bien, c’est super ». C’est excès de pessimiste est-il réel ou bien surévalué ? Est-ce une manière de conjurer le sort ? Est-ce un vieux reste de culture chrétienne où il faut montrer que l’on souffre pour être heureux ? Où y a t-il une telle dégradation que les gens de mon age (35 ans), qui n’ont connu que cela, ne peuvent s’en rendre compte ? Quels seraient les facteurs de ce pessimisme et du stress qui lui est très souvent associé ?
Je m’entretenais avec Sophie, une cadre dans une grande entreprise française qui me disait : « je n’ai plus la niac, on est en permanence stressé pour sortir des documents qui ne seront jamais lus, notre chef reste jusqu’à des heures impossibles pour nous faire culpabiliser. Quand quelqu’un essaye d’être gentil c’est parcequ’il a fait un stage de développement personnel et que c’est inscrit sur sa liste mais pas parcequ’il le désire réellement et qu’il a envie de nous faire plaisir »
Le stress serait-il une conséquence de l’enfermement individualiste des personnes en entreprise ? Pour reprendre une expression d’un cadre dans une grande banque, « je n’ai pas l’impression de partager quelque chose mais simplement d’être un numéro pour être dégagé ensuite ». La solitude, le manque de moments vrais, une ambiance vouée au culte de la rapidité et de la performance, des chefs qui ne savent plus comment gérer l’intolérable, un monde financier qui écrase tout, etc. sont autant d’éléments qui font que l’on peut avoir envie d’autre chose. Encore faut-il s’en donner les moyens et ne pas tout critiquer sans participer à ce changement que tout le monde attend.
Commentaires